Initiative UDC contre le voile à l’école. Un nouveau pas vers l’exclusion

On se souvient de l’affaire très médiatisée des «cours de piscine» datant des années 2000, opposant des établissements scolaires à des écolières musulmanes qui demandaient à être dispensées de natation pour des raisons confessionnelles. Dans la continuité de l’engouement politique suscité par ces affaires, des sections cantonales de l’UDC prennent aujourd’hui pour cible les élèves musulmanes en s’attaquant au port du voile à l’école. Nous nous sommes entretenues avec Hamide Musavi, membre du collectif VIVE (Valaisannes contre l’interdiction du port du voile à l’école) pour avoir le point de vue d’une jeune militante engagée dans ce combat.

L’UDC Valais  est actuellement au cœur du débat, avec son initiative « Pour des têtes nues dans les écoles valaisannes », mais le Grand Conseil valaisan, sous l’impulsion du PDC, a déjà accepté de légiférer pour permettre aux écoles d’interdire le voile dans certains cas (LeNouvelliste, 12.06.2015). Une telle loi comblerait, en Valais, un vide juridique qui, dans d’autres cantons, a déjà été favorable à des élèves. A Thoune, une élève exclue en raison de son voile a pu être réintégrée dans son école, le règlement interne de l’établissement n’ayant pas été considéré comme suffisamment légitime pour régler ces questions.

Même si pour le moment aucune loi n’interdit le voile à l’école, le climat est déjà hostile envers les jeunes musulmanes, voilées ou non. Certaines, malgré les discriminations qu’elles vivent à l’école ou sur le marché de l’emploi, ont décidé de s’engager activement contre l’initiative de l’UDC et de visibiliser la situation des jeunes femmes voilées.

Une petite présentation?

Je suis Hamide, j’ai 17 ans. Je vis en Suisse depuis 3 ans, et j’étudie à l’école pré-professionnelle de Sion. J’aimerais devenir politicienne et travailler dans le domaine de l’économie.

Comment as-tu réagi à l’initiative de l’UDC?

J’ai trouvé ça inacceptable. La troisième religion de Suisse est l’Islam et malgré ça, ils veulent interdire le voile à l’école. C’est irrespectueux pour les musul­man·ne·s. On s’est senti comme exclu du pays. On ne pouvait pas s’exprimer ou donner notre avis comme les autres. Mes amis, ma mère étaient choqués. Ils trouvent cette initiative ridicule. Par la suite, j’ai décidé de m’engager pour ma liberté et celle des autres femmes voilées. Je veux qu’on nous connaisse vraiment, qu’on sache que nous ne sommes pas de dangereuses terroristes. La mobilisation contre l’initiative est très positive, car je ne me sens pas toute seule pour me défendre. Je vois qu’il y a des personnes ouvertes dans leurs réflexions et je trouve cela admirable.

Est-ce difficile d’être une jeune femme voilée en Valais?

Oui bien sûr. Surtout qu’il n’y a pas beaucoup de femmes voilées, car certaines d’entre elles ont peur de perdre leur boulot ou d’être critiquées en portant le voile. J’ai eu un professeur qui me disait que le voile représentait la soumission des femmes aux hommes et il voulait que je l’enlève. Le premier jour d’école, il m’a critiquée à ce sujet, ce qui m’a énervée. Du coup je n’ai pas pu me contrôler et j’ai commencé à pleurer parce que je n’ai pas pu supporter ses critiques contre mon voile. Il couvre mes cheveux et non pas mes idées et mes réflexions. Porter le voile est mon choix et je m’y suis engagée. Je veux dire aux gens que le voile n’entrave en aucune manière l’avancement des femmes et cela ne pourra jamais être un obstacle.

Selon toi, quelles seraient les conséquences de cette initiative si elle était acceptée?

Cela aura une influence négative sur la vie sociale des gens, musulmans ou non. La vie sociale joue un rôle très important dans la progression du pays. S’il n’y a pas de place dans la société pour les femmes voilées alors comment voulez-vous qu’un pays progresse ? Rien ne peut fonctionner si on oblige les gens à faire ce qu’ils ne veulent pas, sans raison valable.
Pourquoi les femmes voilées ne peuvent-elles pas avoir le droit fondamental qui est celui du choix vestimentaire ? Pourquoi est-ce qu’une femme voilée ne peut pas avoir une vie normale et facile comme les autres? La seule différence entre une femme voilée et non-voilée est sa tenue.
Cette loi injuste pourrait détruire la confiance en soi des musulmanes. Dans ce contexte, la plupart des femmes voilées n’iront pas à l’école et ne trouveront pas de place de travail. Ça sera mauvais pour l’éducation et l’économie.

Certain·e·s pensent qu’interdire le voile à l’école protège les filles…

Au contraire. Cela détruit la personnalité des femme voilées. Il faut savoir respecter les croyances religieuses et les choix des personnes, sinon il n’y aura pas de différence entre la Suisse et un pays dictatorial. On ne peut pas dire qu’un pays est démocratique tant qu’il n’y a pas de respect des choix vestimentaires et des croyances religieuses. Moi je trouve que dans ce pays il y a des problèmes plus importants à résoudre, auxquels les membre de UDC pourraient consacrer leur temps et énergie.

Par Marlene Carvalhosa Barbosa et Maimouna Mayoraz, membres du collectif VIVE

Article originalement publié le 16/09/2015, sur: http://www.solidarites.ch/journal/

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