Le voile

Le peuple valaisan devra certainement se prononcer sur la question du port du voile à l’école. Mais que signifie ce voile ? Quels sont les enjeux et les intérêts d’une telle votation ?

Le port du voile peut être compris comme un signe d’obéissance à Dieu. Beaucoup de musulmanes voilées l’affirmeront. Il révèle parfois le besoin de l’homme de « cacher son bien le plus précieux » (comme on a pu l’entendre dans certains reportages) et peut ainsi être lié à une idée de soumission au sexe dit fort, ce qui est contraire aux textes de l’Islam (on ne peut être soumis qu’à Allah et il y a un principe d’égalité devant Dieu entre l’homme et la femme). Mais dans l’histoire, le voile a pris d’autres significations : durant la période de lutte pour la décolonisation des pays arabe, il est réapparu dans des régions en voie de sécularisation, comme l’étendard de la lutte pour la liberté. Il peut donc être compris comme un marqueur identitaire. Il peut également être lié à l’envie de la femme de ne plus être perçue comme un objet et de lutter pour son émancipation (Eh oui ! Il existe des féministes qui prônent le port du voile !!!).

Mais se décider sur le voile revient surtout à se prononcer sur la question de l’intégration. On peut choisir un modèle d’assimilation, « à la française », qui souhaite imposer des manières de vivre, des valeurs, des coutumes, aux personnes migrantes, parfois au détriment d’un véritable souci d’intégration sociale et économique (les banlieues en sont un bon exemple). On peut aussi choisir un modèle favorisant la rencontre, le compromis, l’interconnaissance, comme le demandent les lois suisses (LEtr 4). Dans ce type de modèle interculturel, on ne transige ni sur les valeurs essentielles, ni sur la loi, mais on laisse aux communautés minoritaires la possibilité de respecter leurs traditions.

On peut se demander ce qui fâche réellement avec le voile. Certains nous parleront de la liberté de la femme. Pourquoi, dans ce cas, l’interdire à celles qui l’ont librement choisi ? Et la jeune fille qui est forcée par son père de le porter, me dira-t-on… n’est-elle pas mieux protégée au sein d’une école qui lui apprendra à faire valoir ses droits le moment venu ? Quant à ceux qui ont peur de la montée des extrémismes, lutter contre le voile n’est pas le bon combat. On stigmatise des jeunes femmes et on cristallise les camps. Les musulmans sont les premières victimes des atrocités commises par ces groupes (80% des victimes sont musulmanes). Ne doublons pas leur peine !

Stigmatiser, jouer sur la peur, trouver un ennemi commun, qui s’avère être une petite poignée de jeunes femmes en général très discrètes, et très bien intégrée auprès des jeunes de leur âge… Cette stratégie malsaine est porteuse en année électorale, je n’en doute pas. Dans le contexte médiatique et géopolitique actuel, il est un peu facile de s’en prendre aux musulmans. Ne nous laissons pas berner et osons aller à la rencontre de l’autre, sans angélisme face aux dérives mais avec une réelle envie d’interconnaissance.

Par Myriam Darioli Bongi, Membre du collectif VIVE et des Verts Valais

Article originalement publié le 21/05/2015, sur: L’1dex.ch
 

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