Contre l’islamophobie

Titre argument contre islamophobie

L’islamophobie, un racisme dangereux de notre époque

Par islamophobie, nous entendons l’institutionnalisation de mesures discriminatoires et de mise à l’écart des personnes musulmanes ou perçues comme telles. Cette forme de racisme est devenue particulièrement prégnante dans notre société. Pour preuve, le nombre de projets visant à réduire les droits des personnes musulmanes est en constante augmentation en Suisse comme dans le reste de l’Europe. L’islamophobie de ces projets transparaît bien évidemment dans leur contenu, mais également dans les campagnes, par l’utilisation d’une symbolique anxiogène et mensongère qui « alimente la machine ». C’est dans cette lignée de projets que s’inscrit l’initiative « Pour des élèves têtes nues dans les écoles valaisannes ». Certain-e-s de nos concitoyen-ne-s se verraient tenté-e-s de soutenir le projet, pensant que cela améliorerait, au final, l’intégration des jeunes filles concernées. Or, cette position est problématique, car elle sous-tend que l’islam est considéré comme extérieur et inadapté à notre société.

« Pour des élèves têtes nues dans les écoles valaisannes » : Une initiative islamophobe ?

Les propos ou mesures islamophobes reposent sur le postulat que l’islam est problématique par essence, et que, par conséquent, tout ce qui a trait à cette religion est suspicieux. Ainsi, l’islam serait, par exemple, incompatible avec certains principes démocratiques. Il est indéniable que l’islamophobie constitue un véritable problème de notre société, car elle conduit à la mise à l’écart de personnes et de groupes en raison de leur appartenance religieuse –supposée ou avérée. (1) L’islamophobie s’exprime de deux façons, souvent au même temps : d’abord à travers des projets visant à réduire les libertés des personnes musulmanes et ensuite en propageant une vision symbolique négative, anxiogène et faussée de la religion musulmane.

La campagne pour l’initiative contre le voile à l’école « pour des têtes nues à l’école » a été lancée en février 2015 par l’UDC valaisanne. L’intitulé est neutre, mais l’initiative vise explicitement les filles musulmanes, comme l’a clairement expliqué Jean-Luc Addor aux médias. (2)

Capture d’écran 2015-10-13 à 20.48.31L’affiche nous montre une femme en niqab, alors que l’initiative parle uniquement du hidjab (foulard cachant uniquement les cheveux). Une loi votée par le parlement valaisan à la demande de députés UDC interdit déjà le niqab dans les écoles. De plus, il n’a y aucun cas connu de jeunes filles musulmanes ayant souhaité être scolarisée en niqab. L’affiche joue donc sur la peur, avec une image forte, qui n’est pas en adéquation avec l’objet de l’initiative. Finalement, cette initiative, si elle était acceptée, aurait des conséquences négatives notables sur les élèves musulmanes et leur entourage. (3)

Inventaire non exhaustif de projets de l’UDC visant l’islam

L’UDC n’est pas à son coup d’essai. L’islam est au cœur de ses campagnes politique depuis plus de 11 ans. Voici un florilège non exhaustif des campagnes liées à l’islam, pour comprendre à quel point le caractère islamophobe de ces projets prend forme tant dans le contenu des projets que dans la symbolique des messages.

  • 2004 :

    Une publicité circule dans la presse afin de lutter contre l’initiative pour la naturalisation facilitée. On y détourne des statistiques pour affirmer que bientôt les musulman-e-s seront majoritaires en Suisse. Capture d’écran 2015-10-13 à 20.48.02Un élu de l’UDC déclarera à propos de cette publicité: «Mais nous la considérons comme positive, poursuit-il. Car il est important d’informer la population en vue des votations du 26 septembre. Son contenu est purement informatif et sans aucune allégation à caractère xénophobe.» (4)

  • 2007 :

    L’UDC dépose l’initiative populaire « contre la construction de minarets ». Acceptée par le peuple en 2009, elle a déjoué toutes les statistiques. Pour le conseiller national UDC zurichois Ulrich Schlüer, membre du comité d’initiative, les minarets sont « le symbole d’une revendication de pouvoir politico-religieux qui conteste les droits fondamentaux d’autres personnes ».Capture d’écran 2015-10-13 à 20.48.17 (5) L’affiche montre des minarets qui recouvrent le drapeau suisse, avec une femme en burka. Dans les faits, au moment de la votation, quatre minarets étaient construits en Suisse et une demande était en cours. Beaucoup ont donc parlé d’initiative disproportionnée et inutile.

  • 2009 :

    Un article de l’UDC valaisan Oskar Freysinger publié sur le site du parti a pour titre : « Une incompatibilité : L’Islam et l’État de droit Suisse ». L’auteur y justifie l’interdiction de carrés  confessionnels musulmans dans les cimetières en argumentant: « Dès lors, lorsqu’un musulman récite le coran, c’est comme si nous récitions quelque chose qui s’apparente au Code civil. Un code civil, cependant, qu’il considère comme incréé parce que d’essence divine. » (6)

  • Janvier 2015 :

    L’UDC fribourgeoise lance son initiative contre le centre « Islam et société » de l’université de Fribourg.

  • Février 2015 :

    L’UDC de Vétroz s’oppose à l’ouverture d’un centre de prière dans le village avec cette question : « Accepteront-ils qu’un café historique devienne terre d’islam ? (…) L’UDC Vétroz craint en effet qu’après l’implantation, à proximité, d’un kebab, l’autorisation du projet contesté ne crée un foyer supplémentaire de communautarisme ». (7)

  • Capture d’écran 2015-10-13 à 20.48.44Octobre 2015 :

    une publicité pour les candidats UDC circule sur internet. On y associe directement l’islam à des images de violence. Cette publicité, renommée « État islamique », est publiée dans le Nouvelliste. (8) Cela coïncide avec l’opposition de l’UDC Martigny à une salle de prière ouverte à Martigny. (9)

Ces différents exemples montrent que le parti qui lance l’initiative « pour des têtes nues à l’école » a gardé une ligne et une vision claire au sujet de l’islam. Les différentes campagnes jouent sur la peur en accentuant des traits (niqab en place du hidjab, grande quantité de minarets au lieu de 4, statistiques exagérées sur le nombre de musulman-e-s, restaurant Kebab lié à la salle de prière…). Systématiquement, l’islam et les musulman-e-s sont dépeints comme une menace pour la société démocratique Suisse, et l’effet est accentué par l’idée d’un envahissement, d’une « islamisation rampante », qui sous-tend beaucoup de ces campagnes. Ceci a pour conséquence de stigmatiser les musulman-e-s et d’exacerber la peur de certain-e-s citoyen-ne-s relative à la population musulmane.

Interdire le voile à l’école: projet pour l’intégration ou idée islamophobe?

Certain-e-s de nos concitoyen-ne-s se verraient tenté-e-s de soutenir le projet, pensant que cela améliorerait, au final, l’intégration des jeunes filles concernées. Le voile serait en fait une entrave à l’intégration des jeunes filles musulmanes, et l’interdire leur ôterait un stigmate. Cette conception des choses comporte deux problèmes importants. Premièrement, elle sous-tend que l’islam serait extérieur et inadapté à notre société. Deuxièmement, elle impute aux personnes stigmatisées la responsabilité de leur exclusion.
Premièrement, l’islam n’est pas extérieur à la Suisse. C’est la religion pratiquée par plus de 400’000 citoyen-nes. Lier le voile à une question d’intégration dénote donc la confusion souvent faite entre religion et origine. On peut être musulman-e et suisse. Bien entendu, l’islam n’a pas toujours été aussi répandu en Suisse. (10) Il est vrai, aussi, qu’au vu du contexte migratoire actuel, marqué par des images de réfugié-e-s souvent en provenance de pays à majorité musulmane, l’islam peut apparaître comment étant une religion pratiquée par des personnes d’ailleurs, avec des coutumes différentes. Parler d’intégration peut donc avoir ici une certaine pertinence.

La Suisse prône un modèle d’intégration qui peut être qualifié d’interculturalisme. Selon ce modèle, chacun a le droit de conserver sa culture, ses valeurs et ses habitudes culturelles ou religieuses, du moment où elles ne sont pas contraires aux lois du pays d’origine. Le principal marqueur d’une intégration réussie est l’interconnaissance. Il faut donc privilégier les contacts, les échanges, la compréhension mutuelle. Cette vision permet de contrer les discriminations et les préjugés, et favorise le vivre ensemble. Le modèle suisse d’intégration se distingue ainsi de ce qu’on appelle l’assimilation, qui consiste en l’abandon des particularismes religieux et culturels ostentatoires, qui sont perçus comme des marqueurs d’intégration manquée, et dont le risque inhérent est de se sentir rejeté-e par le pays d’accueil. Il se distingue également du multiculturalisme anglo-saxon, où l’intégration devient un processus de juxtaposition de cultures, qui ne favorise pas en priorité les échanges et l’interconnaissance.

Si l’on se base sur les principes interculturels de la Suisse, le voile à l’école n’a rien d’un problème d’intégration. Quelques jeunes filles musulmanes fréquentent chaque année les écoles du secondaire I et II. Leur intégration sociale se passe généralement très bien et elles ne posent pas plus de problèmes que les autres en termes de respect des règlements scolaires, contrairement à ce qui est véhiculé dans certains discours. D’autre part, en pointant spécifiquement les femmes et filles musulmanes voilées vivant en Valais, le discours exagère les conséquences d’une législation qui garantirait la liberté de porter le voile. Ne pas interdire le voile reviendrait d’après le texte de présentation à soutenir une «augmentation spectaculaire de revendications de type communautariste», l’apparition de «problèmes sérieux dans nos écoles publiques», une mise en danger d’«un principe fondamental qui veut que nous soyions tous égaux devant la loi», ainsi qu’un solide «obstacle à l’intégration» (11).

Faire un amalgame entre les jeunes musulmanes voilées et le communautarisme, la non-intégration et les problèmes dans les écoles contribue à la vision négative de l’islam. Paradoxalement, en prônant l’invisibilisation des jeunes filles voilées, l’UDC-VS crée un problème, car elle rend ultra-visible une communauté et la fait passer pour fondamentalement autre, menaçante pour l’organisation sociale en place et les valeurs dominantes – et donc, l’exclut ! En réalité, comme on l’a vu, ce sont davantage les législations qui prônent l’exclusion et la stigmatisation d’un certain groupe et qui minent la cohésion sociale et freinent l’intégration.

Références:
(1) Commission fédérale contre le racisme (CFR). Les relations avec la minorité musulmane en Suisse, 2006. (pp: 37-38)
(2) L’UDC valaisanne veut interdire le voile à l’école, 24 Heures, 20/02/2015.
(3) Voir autres argumentaires.
(4) Un encart publicitaire anti-musulman blessant, Swissinfo, 06/09/2004.
(5) Une initiative pour interdire les minarets, RTS info, 28/06/2010.
(6) Freysinger, Oskar. Une incompatibilité: l’Islam et l’État de droit suisse, 2009. Consulté le 28/10/2015.
(7) Comité de l’UDC Vétroz. L’UDC Vétroz s’oppose à l’ouverture d’un « centre culturel » musulman au centre du village, 2015. Consulté le 28/10/2015.
(8) Le PS Migrant-e-s réagit à l’annonce de l’UDC, Le Nouvelliste, 05/10/2015.
(9) Martigny: Les musulmans soutenus par la « Plateforme Interreligieuse – Valais », Cath.ch, 14.10.2015.
(10) Office fédéral de la statistique (OFS). Evolution du paysage religieux 1970-2010.
(11) Jean-Luc Addor, L’UDC lance son initiative contre le voile à l’école, 2015.