Pour l’égalité femme-homme

Titre argument égalité f-h-01

Défendre le droit de porter le voile, c’est aussi défendre l’égalité entre les femmes et les hommes

L’UDC valaisanne a souvent avancé l’argument de l’égalité entre les femmes et les hommes dans sa campagne contre le voile à l’école. Bien que ce parti exprime très clairement des idées conservatrices sur le rôle des femmes et s’oppose systématiquement aux propositions qui ont pour but de promouvoir l’égalité, cet argument trouve un écho très important dans la population. Or selon VIVE, c’est justement pour des raisons féministes qu’il faut soutenir les femmes voilées.

Une lecture faussée de l’égalité entre les femmes et les hommes

L’un des enjeux centraux de l’égalité entre les femmes et les hommes est la question de la liberté. Si chacun-e possède sa propre vision de ce qu’est la liberté – vision pouvant être fondée sur le vécu, l’introspection ou un positionnement philosophique-, il reste très difficile de savoir, concrètement, ce qu’être libre veut dire. La possibilité pour chacun-e d’entre nous de pouvoir choisir ce qui nous paraît juste et adapté en est sans doute l’un des aspects les plus concrets.

C’est pour cela que dans leur combat pour l’égalité, les féministes ont depuis toujours lutté pour que les femmes aient, autant que les hommes, la possibilité de faire des choix pour et par elles-mêmes. Bien entendu, l’ancrage de l’égalité dans la Constitution témoigne d’une avancée déterminante, mais cette égalité n’est rien sans la concrétisation de ces droits. En effet, chaque femme doit pouvoir mener sa vie comme elle le souhaite, sans souffrir de discrimination, de répression ou d’autres obstacles. Il va sans dire que cette égalité totale entre les femmes et les hommes est actuellement toujours à conquérir.

Le collectif VIVE soutient le choix de chacune, que ce soit celui de porter un voile ou de refuser de le faire. Les jeunes valaisannes musulmanes sont amenées, comme toutes jeunes femmes à faire des choix, et celui-ci est à soutenir au même titre que tous les autres.

Contre un modèle unique de «la femme musulmane»

L’UDC-VS veut en effet nous imposer une vision faussée de «la femme musulmane vivant en Suisse». Les femmes musulmanes de Suisse, au même titre que les non-musulmanes, font leurs propres choix. Certes, elles ont des obligations religieuses, de par leur foi, mais elles sont libres de les appliquer. L’UDC affirme que le voile est une façon pour les femmes de signifier leur soumission aux hommes. En réalité, en considérant le voile comme un symbole d’oppression patriarcale, on réduit les femmes musulmanes qui le portent à des êtres essentiellement soumis. Cette vision nie leur faculté de faire des choix, et passe complètement sous silence le fait que de nombreuses femmes voilées s’engagent pour plus de justice, luttent pour leurs droits et ont des projets ambitieux pour elles-mêmes.

Même si certains de ces choix déplaisent à certain-e-s, parce qu’ils ne correspondent pas à certains standards, cela ne doit en aucun cas mener à l’exclusion ou à la stigmatisation, et par conséquent à l’humiliation de qui que ce soit.

Bien entendu, toutes les femmes et les jeunes filles musulmanes ne sont pas dans une situation où elles peuvent faire des choix libres. Il existe assurément des personnes qui sont forcées, plus ou moins explicitement, à porter le voile. En référence aux jeunes filles dans ce cas, la Commission fédérale contre le racisme (CFR) estime « qu’interdire le port du foulard dans les écoles publiques n’est pas un moyen adéquat de changer la place de la femme musulmane en Suisse. Le changement ne peut intervenir qu’au niveau individuel, à condition que l’État de droit protège de la même façon les droits individuels de toutes les femmes. Libre ensuite à chaque femme, à un moment donné, de se détacher ou non des prescriptions religieuses et culturelles de sa famille d’origine ». (1) L’État n’a donc pas à institutionnaliser une mesure discriminatoire pour lutter contre le sexisme. La seule mesure réellement efficace est la promotion de l’égalité dans les faits: en favorisant l’accès au travail, à la formation et à l’éducation de tous les enfants; en adoptant des mesures positives visant les filles; et en pénalisant les comportements institutionnels inégalitaristes. Le sexisme se combat en donnant les moyens à tous d’accéder à davantage d’égalité.

Instrumentalisation du sexisme à des fins racistes : non !

Depuis quelques années, il est devenu commun pour certains partis de droite, comme l’UDC en Suisse, d’utiliser une rhétorique reprenant certains concepts soi-disant féministes dans certaines de leurs prises de position politiques. En effet, les problématiques de violence envers les femmes semblent tout d’un coup constituer une priorité dès que l’on parle de personnes musulmanes ou perçues comme telles. Dans ces discours, l’on véhicule l’idée qu’il n’y a que les hommes musulmans et la religion musulmane qui sont vecteurs de sexisme et de violence patriarcale. Par conséquent, il faudrait protéger les femmes et la société « occidentale » en pénalisant tout ce qui a trait à l’islam (hommes musulmans, voile islamique, minarets, centres de formation, mosquées, réfugié-e-s et migrant-e-s).

Cette vision occulte – et donc justifie – le sexisme « d’ici ». Dans les pays occidentaux, nous pouvons effectivement distinguer le sexisme ordinaire du sexisme extraordinaire. (2) Le premier, c’est le sexisme «d’ici», celui qui concerne les hommes « occidentaux » : harcèlement sexuel, inégalité salariale, violence conjugale, culture du viol, non-représentativité féminine, dévalorisation du travail non-salarié et des caractéristiques dites féminines, etc. Quant au sexisme extraordinaire, il est attribué aux personnes étrangères et inscrit leurs attitudes ou comportements sexistes comme plus graves que ceux relevant du sexisme ordinaire. C’est ce que fait l’UDCVR quand il présente les traditions féminines musulmanes comme relevant de « principes archaïques ». Le voile, selon eux, « fait de la femme un objet soumis au mâle et qui nous renvoie en plein obscurantisme ». (3) En attribuant aux Musulman-e-s une nature sexiste, le sexisme ordinaire, par effet de contraste, en devient plus accepté, légitimé, voire considéré comme normal et naturel.

En plus d’invisibiliser les injustices vécues par les femmes en Suisse, la rhétorique de l’UDCVR alimente l’islamophobie dans notre pays. Le préjugé de l’homme musulman sexiste et de la femme musulmane soumise est l’incarnation de l’idée – déjà trop répandue – d’un clivage entre le eux et le nous: eux, avec leurs idées barbares et rétrogrades, et nous, par opposition, modernes, humanistes et civilisés. Il devient ainsi plus facile de justifier les discriminations à l’encontre des personnes perçues comme musulmanes. Cette construction de l’autre, permettra également de renforcer et légitimer la structure raciste de notre société, en ciblant particulièrement les personnes musulmanes ou perçues comme tel.

Nous rappelons que le sexisme est un réel problème, en Suisse. Quelle que soit sa forme, le sexisme reste le sexisme. Il est important de lutter contre les injustices qu’il provoque, de façon globale, et sans alimenter les autres systèmes de discrimination.

Une double discrimination à l’encontre des femmes musulmanes

Bien que l’intitulé officiel de l’initiative lancée par l’UDCVR parle d’«élèves tête nue dans les écoles valaisannes», le parti ne cache pas qu’il vise spécifiquement le voile islamique. En effet, sur la page de présentation de l’initiative du site officiel de l’UDCVR, le titre est clair: «L’UDC lance son initiative contre le voile à l’école». (3) Ce projet est ainsi clairement discriminatoire, car dirigé contre les femmes musulmanes voilées, du fait de leur genre d’une part, et de leur choix d’afficher leur religion d’autre part. En fait, le projet fait malheureusement simplement écho à la situation de double discrimination vécue par les femmes musulmanes aujourd’hui.

Cette double discrimination se traduit par des difficultés, voire une impossibilité d’accéder au monde du travail, de la politique ou de l’engagement citoyen. Or n’oublions pas qu’exclure c’est vulnérabiliser! En tant que féministes, la priorité est actuellement de renforcer la solidarité entre les femmes, et non d’œuvrer à une division qui ne ferait qu’aggraver les oppressions. Il s’agit déjà pour cela de refuser la vision monolithique de «la femme musulmane», afin de replacer la question du choix au centre de la discussion, et ce, en écoutant réellement ce que les femmes musulmanes ont à partager.

Le collectif VIVE se reconnaît dans le combat pour l’égalité femme-homme et dans la solidarité entre toutes les femmes comme composante essentielle pour y parvenir. Compliquer l’accès à l’école pour les jeunes femmes voilées valaisannes est une mesure sexiste et islamophobe. En considérant les hommes musulmans et l’Islam comme intrinsèquement sexistes, en percevant les femmes musulmanes comme des victimes incapables de faire leurs propres choix, l’UDCVR minimise le machisme de la société suisse et perpétue des idées racistes, islamophobes et sexistes, ce qui participe à la discrimination de milliers de citoyen-ne-s.

Références :
(1) Prise de position de la Commission fédérale contre le racisme. Interdire le foulard à l’école. Ou l’exemple d’un débat dirigé contre une minorité, 2011.
(2) Delphy, Christine. Antisexisme ou antiracisme? Un faux dilemme, Nouvelles Questions Féministes, Vol.25(1), 2006.
(3) Union Démocratique du Centre pour le Valais Romand (UDCVR). L’UDC lance son initiative contre le voile à l’école, 2015. Consulté le 15/08/2015.