Le voile

Le voile entrave-t-il l’intégration ?

Le voile serait une entrave à l’intégration des jeunes filles musulmanes. Cet argument justifierait à lui seul l’interdiction de ce signe religieux dans les écoles. Mais qu’en est-il réellement ? Pour répondre à cette question, il faut redéfinir la notion d’intégration.

L’intégration peut être perçue de différentes manières, parfois antagonistes. L’assimilation à la française demande à chaque nouvel arrivant dans un pays de s’assimiler, c’est-à-dire de devenir similaire aux autochtones. Une bonne intégration passe, selon ce point de vue, par l’abandon des particularismes religieux, culturels ostentatoires, qui sont perçus comme des marqueurs d’intégration manquée. Le risque inhérent à cette vision de l’intégration est celui de l’anomie, terme emprunté au sociologue Emile Durkheim.  L’anomie est la perte de valeurs, de normes et de repères culturels et est un risque inhérent à tout processus migratoire. Une jeune fille musulmane, immigrée de deuxième génération peut avoir de la peine à se reconnaitre dans le fonctionnement de sa culture d’origine qui lui en demande trop, tout en se sentant rejetée par le pays d’accueil, pour qui elle n’en fera jamais assez.

Toutefois, il existe d’autres modèles : Le multiculturalisme anglo-saxon privilégie le droit à vivre en lien avec sa communauté d’origine, en conservant sa culture, sa religion, mais éventuellement aussi ses quartier, ses écoles,… L’intégration y est perçue comme un processus de juxtaposition de micro société, n’ayant pas forcément de liens entre elles. Le risque ici est de se côtoyer sans se connaître, dans un modèle qui ne favorise pas en priorité les échanges et l’interconnaissance.

Le troisième modèle est celui qui est prôné par la loi Suisses (Letr). L’intégration peut y être qualifiée d’interculturalisme. Selon ce modèle, chacun a le droit de conserver sa culture, ses valeurs et ses habitudes culturelles ou religieuses, du moment où elles ne sont pas contraires aux lois du pays d’origine. Le principal marqueur d’une intégration réussie est l’interconnaissance. Il faut privilégier les contacts, les échanges, la compréhension mutuelle. Cette vision permet de contrer les discriminations et les préjugés. Le modèle suisse définit également les responsables d’une bonne intégration : l’effort d’intégration doit être mutuel.

Selon le modèle interculturel, le voile n’a rien à voir avec l’intégration. Une jeune fille peut sans autre le porter, tout en respectant les lois Suisses et en développant des contacts privilégiés avec les autres jeunes. Cet exemple n’a rien de théorique. Quelques jeunes filles musulmanes fréquentent chaque année les écoles du secondaire I et II.  Leur intégration sociale se passe généralement très bien et elles ne posent pas plus de problèmes que les autres en termes de respect des normes et lois scolaires.

Il est à noter l’UDC rend les jeunes musulmanes voilées responsables de communautarisme, de non-intégration et de problèmes dans les écoles ; problèmes totalement fantasmés soit dit en passant. Cet amalgame de fausses craintes contribuent à constituer les personnes musulmanes en général, et les femmes et filles voilées en particulier, en la source de tous les problèmes. Elles sont dès lors rendues plus visibles, malgré le nombre négligeable de filles voilées effectivement dans les écoles publiques valaisannes, et étiquetées comme des sujets fondamentalement autres, menaçants pour l’organisation sociale en place et les valeurs dominantes. En réalité, ce sont davantage les législations qui prônent l’exclusion et la stigmatisation d’un certain groupe qui minent la cohésion sociale et freinent l’intégration.

D’autre part, en pointant spécifiquement les femmes et filles musulmanes voilées vivant en Valais, le discours exagère les conséquences d’une législation qui garantirait la liberté de porter le voile en tant que symbole de foi musulmane. Ne pas interdire le voile reviendrait d’après le texte de présentation à soutenir une «augmentation spectaculaire de revendications de type communautariste», l’apparition de «problèmes sérieux dans nos écoles publiques», une mise en danger d’«un principe fondamental qui veut que nous soyions tous égaux devant la loi», ainsi qu’un solide «obstacle à l’intégration» (UDCVR, 2015).

Lier le voile à une question d’intégration pose un autre problème. Il dénote la confusion que l’on fait souvent entre religion et origine. On peut être musulman et suisse (de naissance, par conversion religieuse ou accès à la nationalité par voie de naturalisation). On ne peut dès lors plus parler d’intégration.

Reste le cas de l’intégration sur le marché du travail, qui peut être un réel problème pour la jeune fille voilée. En effet, il peut être plus difficile pour un jeune ayant une différence marquée en terme d’origine, de couleur de peau ou d’habitude vestimentaire de trouver une place d’apprentissage. La cause est à chercher dans les préjugés véhiculés notamment par les milieux xénophobes ou islamophobes, qui stigmatisent la différence et créent un potentiel rejet de la part de la population. Les initiatives à répétitions qui se focalisent sur la présence musulmane et les problèmes supposés qu’amènent cette dernière, sont à pointer du doigt, car elles portent une responsabilité dans les difficultés qu’ont les jeunes filles musulmanes voilées à trouver un emploi et s’insérer dans la vie active.

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